Une fois n'est pas coutume !.

Pour décrire ce que je pense de ce pays rien ne vaut l'éditorial, paru le 04 mars 2018 dans Jeune Afrique, de Béchir Ben YAHMED, que vous trouverez ci-dessous :

"L'Arabie Saoudite !. L'énorme masse de dollars dont disposent ses dirigeants a pour effet que, dans le monde entier, beaucoup rampent devant eux et que la plupart les ménagent. On n'ose (presque) rien dire de leurs méfaits alors qu'ils sont nombreux et de plus en plus nuisibles.

Ce pays a le même régime depuis près d'un siècle et pèse vraiment depuis que le pétrole est devenu la principale source d'énergie planétaire.

Son influence en Afrique et dans le reste du monde a été discrète et pernicieuse dans la seconde moitié du XXe siècle; elle est en train de devenir patente et dangereuse.

J'estime qu'il est de mon devoir de mettre en garde contre le rôle néfaste que vont jouer les dirigeants actuels de ce pays, assis sur les plus grandes réserves d'hydrocarbures du monde.

D'abord quelques chiffres: le produit intérieur brut (PIB) de l'Arabie Saoudite, le plus important du Moyen-Orient, était, en 2015, de l'ordre de 670 milliards de dollars, pour une population de 30 millions d'habitants (dont le tiers sont étrangers et 75% ont moins de 30 ans).

Il y a peu de Saoudiens actifs; la plupart de ceux qui le sont travaillent pour l'Etat et ses entreprises ou, plus exactement, font semblant.

Le pétrole, dont ce pays détient 20% des réserves mondiales et dont il exporte plus de 10 millions de barils par jour, représente 90% des recettes d'exportation et 80% du budget de l'Etat.

Ce budget est de 190 milliards de dollars; depuis deux ou trois ans, il accuse un déficit de 15%. C'est là un pourcentage très élevé.

Les dépenses militaires sont, elles aussi, les plus élevées du monde en pourcentage du budget: elles en absorbent le tiers.

On évalue le nombre de "princes" et "princesses" à 20 000, dont 5 000 se disent "de sang royal", descendants du "roi" Saoud. Ils tiennent lieu de "famille régnante".

Pour mesurer ce que ses immenses réserves apportent à ce pays, quelques comparaisons.

Le PIB de l'Arabie Saoudite est le double de celui de l'Egypte, trois fois plus peuplée, et plus de trois fois supérieur à celui du Maghreb central (Tunisie, Algérie et Maroc), qui est également trois fois plus peuplé. Il est ving fois plus élevé que celui de la Côte d'Ivoire et de quarante fois celui du Sénégal ou du Mali.

Fondé sur la doctrine wahhabite, qui est un concentré d'intégrisme islamique rétrograde, le "royaume" d'Arabie instauré par Saoud a inventé et propagé l'islamisme dans les pays musulmans. Antidémocratique, misogyne et ultra conservateur, il a financé et aidé les islamistes de son obédience et combattu les autres, comme les Frères musulmans d'Egypte (confrérie créée en 1928), introduisant ainsi une discorde au sein de l'islam.

Aujourd'hui même, il combat l'Iran (chiite), le Quatar (néowahhabite), les Frères musulmans de Tunisie, de Gaza, Etc.

Simultanément, il dirige une coalition qui mène depuis trois ans une guerre aveugle et meurtrière au Yémen; une deuxième coalition conduite par la même Arabie Saoudite a entrepris de détruire l'indépendance du Qatar.

En Syrie, le royaume wahhabite alimente le feu jihadiste; en Irak, il projette de soutenir la minorité sunnite orpheline de Saddam Hussein contre la majorité chiite qui apprend (depuis quinze ans) à exercer le pouvoir; au Liban, il manoeuvre pour déstabiliser le pays.

Sous la (mauvaise) influence des Etas-Unis, qui le protégent, le régime saoudien a accepté, sans états d'âme et depuis un demi-siècle, qu'Israël détienne l'arme nucléaire, mais se réveille en 2018 pour la réclamer à son tour. Pour contrer Israël ?. Non, pour, en alliance secrète avec lui, empêcher l'Iran de la posséder !.

L'islamisme saoudien et son allié américain ont, sans le vouloir ni le prévoir, poussé Oussama Ben Laden à la dissidence: il a émigré vers le Soudan puis l'Afghanistan, réinventé le jihadisme et créé son organisation mère: Al-Qaïda.

Celle-ci a conçu, élaboré et perpétré, le 11 septembre 2001, contre New York et Washington le plus grand acte terroriste de l'Histoire; il a été exécuté pour l'essentiel par quinze dissidents saoudiens (sur dix-neuf terroristes au total), commandés depuis l'Afghanistan par un chef saoudien: Oussama Ben Laden.

Et, depuis ce jour, nous subissons les effets désastreux de "la guerre mondiale contre le terrorisme" déclarée dès le 12 septembre 2001 par un certain George W. Bush, alors président des Etats-Unis.

Le régime saoudien n'est pas directement responsable du terrorisme islamiste. Mais sans la doctrine sur laquelle il es fondé, sans ses financements et ses manigances, ce terrorisme aurait-il existé?. Aurait-il pris l'ampleur qu'il a prise?. Serait-il encore, dix sept ans après ce fatidique 11 septembre 2001, le fléau qu'il est devenu ?.

Aujourd'hui, c'est l'Arabie Saoudite qui est, à mes yeux, la principale menace pour la paix au Moyen-Orient et dans le monde. Intronisé il y a trois ans, le vieux roi Salman n'en est plus que le chef nominal, car il a délégué ses pouvoirs à son fils, Mohamed Ibn Salman.

Jeune, inexpérimenté, impétueux, ce dernier dispose donc, sans aucun contrepoids, d'une armée suréquipée et mal commandée, d'une réserve de plusieurs centaines de milliards de dollars et de l'appui inconsidérée de l'actuel président des Etats-Unis.

Un telle concentration de pouvoir et d'argent entre les mains d'un apprenti chef d'Etat est effrayante.

Aucun dictateur de l'époque récente n'a rassemblé autant de moyen entre des mains aussi inexpérimentées, au coeur d'une région qui est une véritable poudrière.

Le Moyen-Orient et le Monde sont donc à la merci d'une nouvelle décision irréfléchie d'un jeune dictateur dont le pouvoir est aussi démesuré et illimité que les moyens financiers dont il dispose.

Il faudrait un miracle pour nous préserver de la frénésie de cet éléphant dans un magasin de porcelaine qu'est Mohamed Ibn Salman".

 

L'auteur est bien mieux placé que moi pour parler de ce pays et ses écrits reflètent parfaitement mon état d'esprit sur le sujet.

P.S. Merci pour vos commentaires et d'éventuels partages auprès d'amis.